Le massacre de Timisoara, des milliers de morts

Des cadavres nus, alignés dans la boue d’un cimetière de Timisoara : la ville où a débuté en décembre 1989 la révolution roumaine reste associée à la duperie du « faux charnier », archétype de l’emballement médiatique, trente ans avant l’ère des fake news.

1989, la Roumanie reste le seul état communiste dans cette partie du monde et dérange.

Les téléspectateurs occidentaux découvraient avec horreur les images d’un charnier où, affirmaient les envoyés spéciaux, gisaient des corps affreusement torturés. On parlait alors de quatre mille morts pour la seule ville de Timisoara. L’émotion soulevée était immense ; les éditoriaux solennels et les appels à l’action se multipliaient. En fin de compte, il s’avéra que les cadavres exhibés devant les caméras avaient été déterrés dans le cimetière des pauvres. Partisans de Ceausescu compris, la « révolution roumaine » avait fait quelque sept cents morts – moins de cent à Timisoara. Le bilan de l’attaque américaine au Panamá, qui s’était déroulée au même moment dans l’indifférence générale, s’élevait à près de deux mille morts…

Nicolae Ceausescu est arrêté après une semaine de manifestations, puis exécuté.

Les images tournent en boucle sur les chaînes de télévision et à la Une de la presse étrangère, dont les envoyés spéciaux sont arrivés par dizaines dans le pays jusqu’alors fermé au monde par le régime.

La révolution roumaine a fait un millier de morts dans le pays, dont une centaine à Timisoara. Mais à la fin de l’année 1989, le chiffre de 4.630 victimes pour la seule ville de Timisoara est repris par la presse internationale qui évoque aussi l’existence de multiples charniers.

Il faudra attendre le mois de janvier pour que le bilan se précise et que la supercherie du cimetière soit mise au jour : les cadavres étaient ceux de personnes mortes avant les événements, puis sortis de terre.

Recherche du scoop, du spectaculaire, pression de la concurrence ont aussi joué un rôle dans ce que l’association Reporters sans frontière a qualifié « d’une des plus grandes duperies de l’histoire médiatique moderne« . Elle a durablement porté atteinte à la crédibilité des médias.

« C’était la première fois qu’on avait des images en direct d’une révolution en Europe de l’Est et l’image était considérée comme une preuve« , malgré l’absence de contexte, relève Christian Delporte.

Toute ressemblance avec des événements existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence ou délire de complotiste !

Et donc, non les médias ne font pas toujours bien leur travail ! Ceux des années 2020 feront-ils leur méa culpa ?

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